Dans quelle mesure un même espace public peut-il être vécu, perçu et approprié différemment selon qu'on l'habite, qu'on le traverse ou qu'on le visite ?
jan.–avr. 2026
L'enquête s'inscrit dans une analyse sensible de l'espace public, cherchant à dépasser la simple cartographie pour comprendre comment un même lieu est vécu différemment selon qu'on l'habite, qu'on le traverse ou qu'on le visite. Le choix du Marais comme terrain d'étude répond à trois critères : son héritage historique, sa forte fréquentation et la diversité de ses usages. Notre méthodologie repose sur une enquête ethnographique in situ, mobilisant observations, entretiens, photographies, vidéos et captations sonores. Deux dispositifs complémentaires ont structuré le recueil de données : le parcours commenté (qui permet de recueillir la parole des usagers en mouvement) et le parcours sensible (qui donne accès à leurs ressentis et aux ambiances perçues). À l'issue de chaque entretien, les personnes interrogées ont été invitées à dessiner elles-mêmes un croquis sensible de leur trajet, livrant une cartographie subjective du quartier.
Les portraits recueillis illustrent la diversité des regards portés sur le Marais :
Un couple parisien avec un jeune enfant, rencontré dans le cadre de leur trajet quotidien, apprécient l'animation et la forte présence internationale du quartier, tout en pointant des contraintes concrètes comme l'étroitesse des trottoirs et la difficulté à circuler avec une poussette.
Un étudiant italien en Erasmus, venu découvrir le quartier avant d'aller au restaurant avec ses amis, le perçoit comme vivant et branché, mais tourné vers une clientèle de passage plutôt que vers les habitants. Il critique des commerces pensés pour les réseaux sociaux, des parcs fermés trop tôt et une desserte en métro qu'il juge insuffisante. Un étudiant italien en Erasmus, venu découvrir le quartier avant d'aller au restaurant avec ses amis, le perçoit comme vivant et branché, mais tourné vers une clientèle de passage plutôt que vers les habitants. Il critique des commerces pensés pour les réseaux sociaux, des parcs fermés trop tôt et une desserte en métro qu'il juge insuffisante.
Ces témoignages révèlent un fort écart entre l'espace vécu des habitants et l'espace perçu par les visiteurs. Le Marais apparaît comme attractif, branché, culturel et très international, mais cette vitalité s'accompagne de tensions : surfréquentation, nuisances, trottoirs étroits et manque d'espaces verts accessibles. L'espace public y est donc à la fois vivant et conflictuel. L'enquête montre que le quartier reste désirable, mais de plus en plus pris dans une logique de consommation et de mise en scène, où un même lieu ne produit pas les mêmes ambiances selon le regard qui s'y pose. Cette lecture urbanistique pose in fine un enjeu d'aménagement plus apaisé, inclusif et mieux partagé, que les parcours sensibles et commentés permettent précisément de révéler à travers les usages et les micro-frictions du quotidien.