Dans quelle mesure une ville industrialo-portuaire longtemps perçue comme une ville « où l'on ne va pas » se transforme-t-elle en destination touristique structurée ?
sep.–déc. 2025
Notre voyage d’étude de Master 1 s’est déroulé au Havre lors d’une semaine de terrain menée du 13 au 17 octobre 2025. Cette commune s’est historiquement développée comme grand port de commerce puis comme nœud majeur des échanges transatlantiques, avant d’être détruite à 80 % par les bombardements de 1944 et reconstruite en béton armé par Auguste Perret entre 1945 et 1964, un centre-ville aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2005. Cette double histoire, industrialo-portuaire et patrimoniale, façonne une image ambivalente que nous avons choisi de restituer sous la forme d’un blog, un format aussi original qu’ambitieux pour rendre compte d’une semaine d’enquête de terrain.
Nos résultats mettent en évidence des leviers d'attractivité puissants : le patrimoine Perret inscrit à l'UNESCO, l'identité impressionniste portée par le MuMa, la plage labellisée Pavillon Bleu et des événements comme « Un Été au Havre » ou la « Transat Café L'Or », qui ont permis une hausse de fréquentation à l'office de tourisme, passée de 114 000 à plus de 205 000 entrées entre 2020 et 2024. Mais l'enquête révèle aussi les limites persistantes de cette stratégie : les croisiéristes (majoritaires dans les flux touristiques) ne restent souvent que quelques heures, le tourisme d'affaires reste concentré autour de la gare sans rayonner dans la ville, les connexions ferroviaires et aéroportuaires demeurent insuffisantes (faute notamment d'avoir abouti le projet de ligne à grande vitesse vers Paris), et le marketing territorial souffre d'un manque de coordination entre les différentes institutions culturelles.
Sur le plan social, l'enquête montre une fierté habitante croissante, portée par le label UNESCO et la marque locale LH, mais contrastée par le sentiment des jeunes Havrais d'un manque d'opportunités et d'activités, dans une ville marquée par un fort taux de chômage des jeunes.
Notre conclusion dresse le portrait d'une ville en transition réelle, entre héritage de ville de passage et ambition assumée de devenir une destination à part entière, où l'enjeu n'est plus seulement de se rendre visible, mais de donner envie de revenir, voire d'y rester.